24 novembre 2007
Le Rat de ville et le Rat des champs

Dessin de ma fille
Le Rat de ville et le Rat des champs
Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'ortolans.
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !
Jean de LA FONTAINE (1621-1695)
17 novembre 2007
Au temps où longuement j'avais souffert

Grande Chartreuse - 18 novembre 2006
Au temps où longuement j'avais souffert
Au temps où longuement j'avais souffert,
Où les heures m'étaient des pièges,
Tu m'apparus l'accueillante lumière
Qui luit aux fenêtres, l'hiver,
Au fond des soirs, sur de la neige.
Ta clarté d'âme hospitalière
Frôla, sans le blesser, mon coeur,
Comme une main de tranquille chaleur.
Puis vint la bonne confiance,
Et la franchise, et la tendresse, et l'alliance
Enfin de nos deux mains amies,
Un soir de claire entente et de douce accalmie.
Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,
En nous-mêmes, et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,
Et que l'amour soit devenu la fleur immense
Naissant du fier désir
Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,
En notre coeur se recommence
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la première.
Émile VERHAEREN (1855-1916)
(Recueil : Les heures claires)
05 novembre 2007
La nuit n'est jamais complète

5 novembre 2006
Et un sourire
La nuit n'est jamais complète,
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille.
Désir à combler,
Faim à satisfaire,
Un coeur généreux,
Une main tendue,
Une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie,
La vie à se partager.
Paul Eluard (1895-1952)
(Recueil : Le Phénix, 1951)
